Qu’est-ce qu’il se cache derrière le mot inclusion ?
- Lucas Beche

- 22 mai
- 3 min de lecture
Inclusion : un mot que l'on retrouve partout aujourd'hui, mais qui suscite encore de nombreux débats. Souvent qualifié de « magique », il semble s'appliquer à bien des situations. Quelle est son histoire et pourquoi fait-il autant parler ?
« Inclusion » : son origine et son histoire
Le terme inclusion, avec la signification moderne, vient du monde anglo-saxon, notamment de l'expression inclusive education, apparue lors de la Déclaration de Salamanque en 1994, qui a diffusé le concept d'éducation inclusive dans le monde [1]. En France, l'idée émerge dès 1991 avec les classes CLIS (Classes pour l'intégration scolaire), devenues en 2010 les Classes pour l'inclusion scolaire, où les élèves en situation de handicap restaient toutefois séparés des autres. À cette période, le mot inclusion était surtout un synonyme éthique d'intégration.
Depuis la loi « Handicap » de 2005 et la création des ULIS (Unités localisées pour l'inclusion scolaire) en 2015, le terme prend tout son sens actuel : permettre aux élèves en situation de handicap de participer à la vie de la classe ordinaire tout en bénéficiant d'un accompagnement adapté.
On distingue clairement intégration et inclusion, distinction renforcée par leur origine latine. Inclusio signifiait « emprisonnement » ou « enfermement » en latin et a évolué au XIXᵉ siècle pour désigner « faire entrer un élément dans un ensemble ». Il existe deux formes d'inclusion : ségrégative et intégrative, cette dernière correspondant à notre contexte. Ce double sens sera abordé plus loin.
Quant à l'intégration, sa signification latine est « renouvellement ». Longtemps utilisée dans les systèmes éducatifs, elle est aujourd'hui jugée discriminatoire, car elle peut désigner soit l'incorporation d'un groupe d'élèves en situation de handicap sans aménagement, soit leur regroupement entre eux. Pour cette raison, inclusion est désormais employée, à juste titre, même si son double sens suscite encore des critiques.

« Inclusion » : son double sens
David Puaud, praticien-chercheur en travail social, note dans la revue Pensée Plurielle, après avoir suivi des jeunes en situation de marginalité, que le terme inclusion « […] permet d'atténuer les rapports de classe et la notion d'exploitation, notamment par l'entremise du monde du travail. » Il montre ainsi que l'inclusion peut parfois être un mot « magique » utilisé pour justifier certaines pratiques [2].
Certaines personnes vont même jusqu'à proposer de ne plus utiliser ce mot. Jean-François Chossy, ancien député de la Loire, qui a contribué à faire reconnaître l'autisme comme handicap dans la loi de 2005, déclare dans une interview pour l'exposition virtuelle Coup d'envoi des Archives municipales de Saint-Étienne : « […] De l'intégration scolaire, on est passé à l'inclusion scolaire et pour moi, c'est encore pire, on ne va pas faire leur inclusion, on va faire comme pour les autres, leur scolarisation dans l'école […] » [3].
À l'inverse, Serge Thomazet, chercheur en sciences de l'éducation, défend l'usage du mot inclusion afin de l'opposer à celui d'intégration, car il renvoie à une transformation de l'école pour qu'elle devienne accessible à tous.
Nommer le modèle est utile, mais, comme le mot fait débat, son usage peut parfois être préjudiciable. Qu'en est-il alors dans la culture et le patrimoine ?
De son utilisation dans les politiques des publics
Le Musée d'Art Moderne de Lille a nommé cette partie du site « Diversité et inclusion ». Ici, le titre est clair, et le mot inclusion est utilisé régulièrement sur la page. Le musée propose de nombreux aménagements, que ce soit avec un fac-similé tactile, une mallette pédagogique pour les personnes ayant un handicap psychique ou cognitif, ou encore des visites en LSF (Langue des Signes Française) [4].
Certains musées privilégient le terme accessibilité (Musée du Temps, Besançon [5]), d'autres parlent de « publics en situation de handicap » (Musée du Jouet [6], Moirans-en-Montagne).
Certaines structures, comme la Rotonde à Saint-Étienne, préfèrent ne pas communiquer sur ces initiatives. Le directeur, Guillaume Debrosse, explique que c'est un public comme un autre et que « la question de l'accessibilité ne devrait pas se poser » [7].
En définitive, qu'il s'agisse d'éducation, de travail social ou de culture, le mot inclusion reste porteur d'enjeux importants. Son usage peut susciter débats et critiques, mais il permet surtout de nommer et de rendre visibles des pratiques visant à rendre l'environnement accessible à tous. Peu importe le terme choisi — inclusion, accessibilité ou un autre — l'essentiel est de clarifier nos intentions et de continuer à adapter nos actions pour que chacun puisse participer pleinement, sans distinction ni exclusion.
Sources
[1] UNESCO
[2] David Puaud
[3] Portraits
[4] LAM
[5] Accessibilité
[7] p52



Commentaires