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Reims–Strasbourg : trois façons d’impliquer les publics

Hors les murs, enquêtes-collectes, ateliers de cocréation, tests de médiation : toutes ces initiatives montrent comment les publics peuvent contribuer à la construction d'outils et de dispositifs culturels. À Reims et à Strasbourg, plusieurs musées développent des démarches participatives qui changent leur manière de travailler avec les habitants. Regard croisé sur trois approches variées.


Atelier participatif Musée nomade © Musées de Reims, M. BEGAT-GILSON, 2026
Atelier participatif Musée nomade © Musées de Reims, M. BEGAT-GILSON, 2026
Impliquer les publics

La participation des publics prend aujourd'hui des formes diverses dans les musées. Elle ne se limite plus à recueillir un avis en fin de visite, mais intervient en amont, dans la conception des outils, des contenus ou des projets, et aussi en aval pour évaluer ces derniers. À Reims et à Strasbourg, trois institutions expérimentent des méthodes adaptées à leurs contextes et à leurs missions.


Reims : un musée hors les murs pour travailler avec les habitants

Le Musée nomade du Musée des Beaux-Arts de Reims est né de la fermeture du musée pour travaux. Plutôt que de suspendre ses actions, l'équipe a choisi de s'appuyer sur les maisons de quartier pour proposer un cycle de cinq séances à des groupes intergénérationnels. « La démarche commence par une introduction au rôle d'un musée, explique Paul Cartier, médiateur culturel, suivie d'une sélection collective d'œuvres à partir de la base numérisée du MBA. Les participants choisissent une dizaine de pièces qui serviront de support aux ateliers. »


Ces derniers sont menés avec des artistes locaux. Ils donnent lieu à des productions collectives (marionnettes utilisées ensuite dans des ateliers théâtre, installations, créations graphiques ou objets conçus à partir de fac-similés). Le format long du projet, réparti sur plusieurs séances, favorise l'engagement : « Les participants reviennent parce qu'ils ont un projet en cours et un groupe de référence. », témoigne Paul.


Le Musée nomade sert aussi de terrain d'essai. L'équipe y teste des outils de médiation, malles tactiles, reproductions HD sur tablette, quiz autonomes, qui seront réutilisés ou adaptés pour le futur parcours du musée rénové. Au total, une vingtaine de tables de médiation sont coconçues avec différents groupes de publics. Cette distinction entre outils de médiation (définis par les professionnels) et ateliers participatifs (coconstruits avec les habitants) permet de clarifier les rôles et d'assumer une posture d'« accompagnement » plutôt que de « prescription ».


Journées européennes du patrimoine 2023 © Musées de Reims
Journées européennes du patrimoine 2023 © Musées de Reims

Enfin, le projet vise à créer un lien durable. Les habitants sont invités aux événements du musée, ils enregistrent des capsules sonores qui seront intégrées à l'audioguide, et certains deviendront des relais lors de la réouverture. Ces contributions sonores illustrent la reconnaissance des savoirs habitants, un principe central des démarches participatives contemporaines. Une exposition retraçant ces collaborations est même envisagée.


Strasbourg : participation, enquêtes-collectes et Circuits courts au Musée Alsacien

Au Musée Alsacien, géré par la Ville de Strasbourg, la participation fait partie de l'histoire du lieu, et a été renforcée ces dernières années. L'exposition Babel Stub (2019) a marqué une étape importante en intégrant des habitants dans le choix des œuvres, la construction du propos et la programmation. Depuis, les enquêtes-collectes structurent une partie du travail.


La première, menée en 2023, est un portrait des populations alsaciennes d'origine turque. L'objectif était de combler un manque dans les collections et de documenter des récits peu représentés. Chercheurs, associations et habitants ont constitué un comité d'experts pour identifier objets et témoignages. La démarche a permis de collecter des objets accompagnés de leur histoire familiale et relève ainsi d'une coconstruction de savoirs, où les récits individuels et communautaires sont considérés comme des ressources pour enrichir le parcours permanent.


Les Circuits courts prolongent cette dynamique sur le territoire. Le musée organise des expositions itinérantes dans les communes de l'Eurométropole, associant artistes, designers, médiathèques et artisans. « Chaque commune choisit sa thématique, ce qui permet d'adapter les ateliers (céramique, forge, artisanat, design…) et de créer des temps de rencontre autour des collections. », explique Adrien Fernique, chargé de médiation et de projets culturels. Cette circulation des collections et des pratiques s'inscrit dans une logique d'ancrage territorial.



Strasbourg : associer les publics à la conception de l'offre culturelle du Musée Zoologique

Au Musée zoologique, la participation se concentre sur la programmation culturelle. Depuis la réouverture (2025), l'équipe travaille avec la Direction de la participation citoyenne de l'Eurométropole pour associer les habitants à la définition de l'offre. La démarche s'est déroulée en trois phases : un questionnaire (666 réponses), cinq groupes de discussion avec des profils variés, puis des ateliers de cocréation avec des familles, des étudiants et un centre social.

Restitution de la phase 3 des ateliers participatifs © Laetitia Piccarreta/Eurométropole de Strasbourg
Restitution de la phase 3 des ateliers participatifs © Laetitia Piccarreta/Eurométropole de Strasbourg

Joanne Hughes, chargée de médiation et de projets culturels, en donne les issues : « Deux dispositifs concrets sont maintenant intégrés pour prolonger la dynamique. D'une part un mur participatif imaginé avec des étudiants, et d'autre part des tests de médiation menés avec des familles avant intégration dans l'offre. » Ces démarches illustrent une logique de coévaluation permanente, où les publics contribuent à ajuster les dispositifs. Pour aller encore plus loin, le musée s'appuie désormais sur un groupe de volontaires qui continuera à tester et imaginer les formats participatifs à venir.


Trois approches, une même logique

Ces trois expériences témoignent du fait que la participation peut prendre des formes très différentes : création artistique, collecte d'objets, ateliers de coconception, tests de médiation, expositions itinérantes. Dans tous les cas, elle implique du temps, des ajustements et une volonté de travailler avec les publics plutôt que pour eux.


À Reims, la participation sert à maintenir un lien pendant la fermeture et à préparer la réouverture. Au Musée Alsacien, elle permet de documenter des récits et de renforcer l'ancrage territorial. Au Musée zoologique, elle contribue à définir l'offre culturelle et à tester les dispositifs avant leur mise en œuvre.


Ces démarches montrent que la participation n'est pas un modèle unique, mais mobilise une palette d'outils que les musées adaptent à leurs contextes. Elles ouvrent des possibles où les habitants contribuent à la construction des projets culturels, chacun à leur manière. Les musées reconnaissent la valeur des savoirs de leurs publics et s'appuient sur eux pour ajuster leurs projets — un passage d'une participation inclusive (ouvrir, accueillir, consulter) à une participation citoyenne (coconstruire, décider, transformer).


Dessin d'enfant, Mon activité rêvée au musée © Maïlys Liautard / Eurométropole de Strasbourg
Dessin d'enfant, Mon activité rêvée au musée © Maïlys Liautard / Eurométropole de Strasbourg

Pour aller plus loin

Les démarches participatives citées :


  • Des écrits sur la thématique  :

 
 
 

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