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Care et Cure : un nouveau rôle social pour les musées ?


Edvard Munch, L'Amour et la Douleur, 1875, huile sur toile. Musée Munch


Nathalie Bondil, directrice de l'Institutit du monde arabe (Paris), est pionnière de programmes « Care » et « Cure » au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). Elle partage ici sa vision d’un musée engagé qui doit se saisir pleinement des enjeux sociétaux contemporains que sont le Bien-être, la santé mentale ou le développement d’une médecine intégrative et prise en charge holistique du patient.

Comment les musées peuvent-ils y contribuer ? Est-ce leur rôle ? Pour quels impacts ?

Propos recueillis lors du Caring Museum Café du 6 février 2023, Mindful Art ® / Marjan Abadie.


Pour un musée humaniste : une vision déclinée en programmation

Pour Nathalie Bondil, le musée est pleinement un espace politique et social, inscrit dans la Cité, qui se doit de promouvoir et d’incarner des valeurs communes partageables - dont la santé - au-delà d’un discours strictement d’histoire de l’art, peut exclure.

Dès 2016, elle nous interpelle dans son Manifeste pour un musée des beaux-arts Humaniste qui imprègne toute la conception d’un nouvel espace au MBAM, le Pavillon de la Paix (2016) : 

« Est-ce qu’un musée des beaux-arts interroge, converse, s’engage et agit en faveur des grands enjeux de son temps ? N’a-t-il pas tendance à laisser ces questions aux musées des sciences, des civilisations, des sociétés, ou parfois d’art contemporain ? Plus qu’un coffre-fort où serait déposé un capital d’œuvres d’art, autant de valeurs dans la bourse informelle d’échanges qui régit notre économie de l’événementiel, le musée peut servir des valeurs, et pas seulement dans le cadre d’expositions ponctuelles. »


Le Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein, niveau S2 – Espace Arc-en-ciel, avec les murales du collectif MU. Musée des beaux-arts de Montréal. Photo © Marc Cramer


Le Care : « Là où les océans se rencontrent », Edouard Glissant 

Définition du Care

Origine : Théorie philosophique féministe américaine, initiée notamment par Carole Guilligan qui met en avant la sollicitude, s’occuper de…

Pour les musées, cela se décline par l’adoption d’une écoute des besoins du visiteurs (y compris pour les espaces) et des personnels : faire preuve de sollicitude, travailler sur les connexions, les interdépendances et les fragilités et identifier des groupes qui expriment des besoins, recevoir cette parole par les médiateurs, écouter ces besoins, y répondre, et s’assurer d’un résultat.


Pourquoi adopter une démarche « Care museum » ?

  • S’inscrire dans une démarche d’accueil et d’hospitalité, centrée sur le bien-être du visiteur ;

  • Partager cette émotion esthétique que nous ressentons, en tant que professionnel, face aux œuvres ;

  • Positionner le musée comme un acteur social, pleinement inscrit et ouvert sur la société : présence de représentant.e.s civil.e.s et des communauté au board du musée, co-construction avec la société civile (soignant.e.s, médecins…). Au Canada, il existe une grande porosité entre les musées et la société civile.

  • Rencontrer l’Autre, partager : influence d’Edouard Glissant - « Le Tout Monde » - l'importance de la relation, de tisser du lien : « Nous avons rendez-vous là où les océans se rencontrent ».


Quels sont les principes qui sous-tendent cette démarche ?

L’expérience esthétique mobilise les émotions et les sens, au-delà du discours de raison.

  • Adopter la démarche du Care, c’est entrer en empathie totale avec le visiteur et permettre à chacun d’habiter et de retisser un rapport au monde, dans toutes ces dimensions émotionnelles et sensorielles.

  • L’apport des neurosciences démontre que toutes les dimensions - sensorielles, émotionnelles - sont sollicitées face à une œuvre d’art (voir les travaux de J.-P Changeux, Antonio Damasio, Pierre Lemarquis).

  • Le musée permet d’être un catalyseur d’expression des émotions et des perceptions sensorielles, révélant parfois l’indicible. 


Quelle méthodologie pour mettre en place une démarche de Care museum ?

  • Une nécessaire prise en compte des émotions du visiteurs, du corps ;

  • Développer des actions qui permettent de révéler ce qui est inaudible ou indicible par l’art et la pratique. Pierre Lemarquis, neuroscientifique, a démontré la présence d’un phénomène d’écho entre un état intérieur qui rentre en résonance avec l'œuvre d’art ;

  • Dépasser le « Je pense donc je suis » pour un « Je ressens, donc je suis » : remettre en avant ce rapport physique et émotionnelle à l’œuvre.


Référence «Voir Autrement » Documentation Française, chapitre 24 : « Le caring museum face au défi de l’empathie démocratique ».


Victor Hugo, Ma Destinée, 1867, Maison de Victor Hugo, Paris, Inv. 927 © PMVP


Le Cure Museum : le musée comme prescription médicale

Définition du Cure : soigner, réparer, guérir, santé, une approche médicalisée qui ne se substitue pas à la médecine classique, mais vient en complément.

  • Muséo-thérapie : ensemble des actions menées en lien avec des spécialistes médicaux au sein des musées, qui permettent d’amener du bien-être, mieux-être, avec un impact thérapeutique prouvé ;

  • Art-thérapie (voir notamment Ecole de Tours) : prescription d’actions artistiques avec des objectifs précis, s’inscrivant dans un protocole médical co-créé avec du personnel de santé et de médiation.


Quelques exemples, parmi tant d’autres, de programmes précurseurs :


Pour d’autres exemples, parcourez le programme du Health & Wellbeing summit de Museum Next de février 2023.


Les Beaux-Jeudis, MBAM


Quelles démarches et protocoles à mettre en place ? 

Une nécessaire triangulation musée-médecine-associations de patients :

  1. Monter un comité art et santé qui permet de s’entourer d’expertises, d’associations de patients et d’aidants et de laboratoires de recherche pour co-créer, valider et mesurer l'impact réel des actions et des protocoles d’accueil. Point de vigilance : programme nécessitant un fort investissement en temps pour un nombre de personnes touchées modeste.  

  2. Accompagner son action par des publications scientifiques pour objectiver les résultats. En France le plus souvent, les musées montent des conventions avec des Centres hospitaliers universitaires (ex. Palais des Beaux-Arts de Lille, MOCO Montpellier, Musée d’Art et d’Histoire de Dreux) qui permettent de définir l’objet de l’action et son impact via la conduite de protocoles de recherches. Au Musée des beaux-arts de Montréal, un mécénat a permis de financer la présence d’un art-thérapeute à plein temps.

  3. Tisser des liens avec des associations de patients et de familles de patients pour joindre ses publics et qualifier les besoins.


Quels sont les impacts de telles démarches prouvées par des programmes de recherche ?

Différents symposiums médicaux sont consacrés à ces études d’impact, notamment :


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Prochains Caring Museum Café de MindfulArt disponibles sur leur site Internet ou sur LinkedIn.


 

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